Le Marais : bienvenue à l’hôtel !

Le 26 avril prochain la médiathèque de la Canopée organise une soirée-conférence consacrée à l’histoire de Paris intitulée « Le Marais : immigrations et transformations d’un quartier parisien ». Nancy Green, historienne et directrice de recherche à l’EHESS propose d’étudier l’histoire des migrations dans le Marais à travers le concept de «quartier ethnique » en suivant les disparitions, les transformations et les cohabitations successives. L’occasion pour nous de nous pencher sur les spécificités et la longue histoire du quartier.

Après un premier article il y a quelques jours, voici…

 

#2

Bienvenue à l’Hôtel !

hotel de Sens en 1833 Musée Carnavalet
Hôtel de Sens, Musée Carnavalet

Au XIIIe–XIVe siècle apparaît le concept d’hôtel particulier. Certains bourgeois sont plus riches que les familles nobles et se doivent d’en faire la démonstration dans l’espace. Ils ne possèdent pas de châteaux familiaux?! Qu’à cela ne tienne, ils se font construire des “châteaux urbains” équipés de tours, tournelles, logis, communs, écuries, reliés par des galeries, des cours ou des jardins. Du grandiose! De l’atypique pour l’époque!

Cela devient vite une vogue. Ces demeures abritent de grands seigneurs, des financiers, avocats, parlementaires ou riches marchands. Leur développement est favorisé par la centralisation du pouvoir royal qui attire les gens de cour désireux de se placer près du pouvoir. Dès le XIIe siècle, l’île de la Cité est trop étroite pour une administration royale qui prend du poids. Avec la construction de la muraille voulue par Philippe Auguste, le quartier du Marais entre dans Paris.

A la suite d’une célèbre émeute en 1358, Charles V décide de quitter l’île de la Cité. Il installe la résidence royale à l’Hôtel Saint-Pol, puis aux Tournelles (1436).

Carte Marais au XVe siècle

Les hôtels du Marais au milieu du XVe siècle http://paris-atlas-historique.fr

Le Marais devient le siège du gouvernement. Sous la surveillance de la forteresse de la Bastille, le roi fait étendre l’enceinte qui enserre Paris. Les grands seigneurs affluent pour approcher un peu plus près du coeur de la monarchie. Il en est de même pour les ordres religieux. L’archevêque de Sens se fait bâtir un magnifique Hôtel (future bibliothèque Forney), ainsi que les Évêques d’Evreux. Avec l’aide du roi, le connétable Olivier de Clisson se fait également bâtir une magnifique résidence. A la fin du XIVe siècle, on reste cependant encore à la campagne, les somptueuses bâtisses cohabitent encore avec des bois et des prairies. Soulignons l’extrême volatilité de la possession des maisons.

Le jeu des chaises musicales est régulier. En 1300, le Prévôt des marchands, Etienne Barbette se fait construire l’hôtel qui porte son nom qui sera acquis en 1401 par Isabeau de Bavière. En 1388, l’hôtel des Tournelles construit par le chancelier de France devient l’hôtel des ducs d’Orléans, puis résidence royale à partir de 1407.

Pendant la Renaissance, le quartier va se quadriller de nouvelles rues. L’urbanisation se renforce et les Hôtels particuliers fleurissent un peu partout : l’Hôtel de Ligneris (Carnavalet), de Marle (Institut suédois), D’Angoulême (Lamoignon), Albret. A la mort de son époux, la reine Catherine de Médicis rejoint le Louvre, puis le palais royal. Elle fait également construire l’hôtel de Soissons près du grand marché des halles (1570).

Hotel de soissons au 17e siècle
L’hôtel de Soissons au XVIIe siècle

Est-ce pour autant la fin de l’extension du quartier du Marais ? Pas du tout! Les constructions se poursuivent. Henri IV favorise les constructions d’Hôtels, notamment autour de son grand dessein, la Place Royale (Place des Vosges), la plus grande place de Paris à l’époque.

place royal sous Henri IV
La Place royale sous Henri IV

Pour cela, il cède des terrains à bâtir. Les plus grands personnages s’y font construire de somptueuses maisons bourgeoises de deux étages surmontées de combles. C’est le cas du ministre Sully. Au niveau architectural, chaque propriétaire doit suivre une façade type. En fonction de ses revenus, on adapte les matériaux, mais les bâtiments doivent avoir la même allure. Sur la place, la monarchie se met en scène et travaille à sa magnificence. Louis XIII s’y fiance avec éclats.

Au XVIIe siècle, le Marais est à la mode, même si le roi quitte le centre de la capitale pour Versailles, le tout Paris “branché” s’y établit, architectes de renom (Mansart), grands commis de l’Etat (Fouquet), intellectuels (Madame de Sévigné), magistrats (Hôtel de Lamoignon – future bibliothèque historique).

Au début du XVIIIe siècle, le Marais connaît à la fois son apogée et son crépuscule avec notamment la construction de l’Hôtel de Soubise et de Rohan-Strasbourg.

Car peu à peu les grandes familles s’éloignent vers l’ouest attirées par le faubourg Saint-Germain qui devient très à la mode. Les Hôtels particuliers sont alors investis par une population plus modeste d’ouvriers, de marchands et d’artisans. Finalement, la monarchie verra la fin du Marais qu’elle a fait naître, puisque Louis XVI sera emprisonné au Temple et que le dauphin Louis XVII y mourra à l’âge de 10 ans.

 

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