Fatboys, une fausse bonne idée ?

À l’ouverture de la médiathèque en 2016, notre slogan disait : « à la médiathèque, comme à la maison ». Le message était simple, et probablement un peu présomptueux pour un établissement public qui accueille une grande diversité de publics.

Nous avions aménagé nos espaces de manière conviviale, et avions disposé une douzaine de fatboys, ces gros poufs moelleux et confortables, qui n’appellent qu’à une chose : faire la sieste.

Du choix du mobilier !

Les fatboys = la sieste = mais quelle image de la bibliothèque donnent-ils ?

Sur Agorabib, à la question posée : « Je recherche des expériences (ou réflexions en cours) dans des établissements de lecture publique concernant la mise en place de véritables espaces de détente/relaxation/ »zen » (hamacs, fauteuils relax, séances de yoga/méditation, allaitement possible de manière plus aisée, etc.) ? », une internaute prend notre exemple :

« Ça me fait penser au hamac et aux coussins géants de la médiathèque de la Canopée. (À noter que cet espace est tellement amusant pour certains usagers qu’il en devient parfois bruyant, ce qui peut poser problème vu qu’il est ouvert sur l’espace de lecture.) »

Retour sur l’utilisation des fatboys

En effet, outre deux fat-boys situés derrière le Bar à Manga, et deux autres en Jeunesse, une douzaine de fat-boys s’étalaient sur l’estrade côté Jardin, dans l’espace silencieux de la médiathèque. Véritable invitation à une lecture détente, dans l’idée de ses concepteurs.

Comme toute idée, les publics s’en sont emparés dès l’ouverture de l’établissement. Et ont procédé à un détournement : de la détente à la sieste, et du silence aux ronflements, il n’y a parfois qu’un pas.  Ces nouveaux usages, typiques du « 3e lieu » sont aussitôt entrés en conflit avec des pratiques plus classiques.

Comment gérer la diversité des usages lorsqu’ils sont antagonistes ? Une première campagne autour du « Vivre ensemble » a été élaborée, rappelant que la liberté des uns s’arrête là où commence celle d’autrui… Des dormeurs chevronnés revendiquaient ainsi leur droit à… dormir tranquillement, nous reprochant de les réveiller s’ils venaient à ronfler, là où d’autres aspiraient au silence propice à la lecture. Très vite, la situation est devenue difficilement tenable pour les bibliothécaires. La médiathèque a vu se développer des « dortoirs » : un côté Jardin, le second derrière le Bar à mangas. De même les fat-boys avaient tendance à être « privatisés » par certains, qui dès lors les emportaient partout avec eux dans la bibliothèque …

La question de l’hygiène s’est aussi posée. On connaît la réponse apportée par Norman sur son blog ! Mais que faire quand on ne dispose ni d’un aspirateur pour aspirer les billes de polystyrène (nos modèles ne disposant pas d’une housse intérieure), ni d’une machine à laver ? On utilise alors les moyens du bord : savon noir et beaucoup d’huile de coude. Un véritable travail d’équipe !

La BU d’Angers s’est aussi emparé de ce sujet crucial.

Après tous ces efforts, vous vous demandez donc…

Pourquoi nous les avons finalement retirés ?

En grande partie, parce que suite à notre enquête UX réalisée entre avril et juin 2018, nous nous sommes aperçu-e-s qu’en dépit de tous nos efforts dignes parfois d’« équilibristes », un usage chassant l’autre, notre estrade finissait par ne plus être occupée que par un usage et souvent uniquement par des hommes. Les profils des usagers dénotaient une « présence dominante des adultes, et de quelques adolescents. Absence des seniors et des enfants. Zone avec occupation masculine prédominante. » Côté Bar à mangas, le constat était similaire.

Des usagers, lesquels peuvent avoir des « avis tranchés » sur les autres usages que les leurs, se sont volontiers  exprimés sur la situation : ne comprenant pas pourquoi certains viennent en bibliothèque et « prennent la place de ceux qui veulent vraiment voir les collections ».

Nous avons alors pris la décision en équipe de les garder en Jeunesse, et de ne sortir les autres que lors d’animations spécifiques. Ou encore de les prêter à d’autres structures.

Cette expérience nous a beaucoup interrogés, et appris. L’estrade a maintenant trouvé une nouvelle identité avec l’achat d’un nouveau mobilier qui fait penser à un espace de travail ou de lecture. Cependant, le repos et la lecture très détente restent présents et possibles sur les transats rouges.

Pour aller plus loin

Penser le mobilier en bibliothèque, Carole GASNIER, mémoire d’étude, ENSSIB 2014

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