Vous avez dit murder party ?

Concevoir une murder party inclusive & en ligne

Épisode 1/2

Pour fêter les 5 ans de la médiathèque, nous avions envie de proposer un rendez-vous original et ludique, conçu et réalisé en équipe. Très vite nous nous sommes mis d’accord sur le choix d’une murder party. Mais vu le contexte actuel, nous nous sommes dit qu’il fallait pouvoir la transposer en ligne si jamais nous n’étions pas en mesure de la proposer in situ. Puis, de couvre-feux en confinements, nous avons choisi de la penser directement en ligne.

C’est quoi une murder party ?

Il s’agit d’un jeu d’enquête grandeur nature où les joueurs·euses interprètent des rôles, dans un lieu généralement clos et durant plusieurs heures. Notre murder party n’en sera pas réellement une, car nous ne pouvons confier les rôles à nos usagers·ères étant donné que nous allons la réaliser en ligne. Le public sera invité à participer à l’enquête, et à essayer de la résoudre.

Comment s’y prend-t-on ?

On se documente. On lit. On regarde ce qui se fait déjà, et on s’inspire par exemple des excellentes idées de nos collègues de la BMI d’Épinal qui nous avait bluffés avec Liker n’est pas jouer ! Nous allons comme eux proposer une enquête par le biais de vidéos et d’indices variés sur plusieurs jours.

Inclusive ?

Nous souhaitions que cette enquête puisse être accessible aux publics Sourds. Comment s’y prendre ? Le choix de la vidéo permet d’incruster des sous-titres et de partager l’écran pour proposer les deux versions : celle du personnage joueur et celle de l’interprète. Nos vidéos seront donc sous-titrées et bilingues. Pour en profiter pleinement, pensez bien à activer les sous-titres grâce au petit rouage « Paramètres », en bas à droite de la vidéo !

Quels outils ?

L’idée était de rassembler toutes les informations sur une même plate forme. Le choix s’est tourné vers la création d’une page Facebook, qui permet d’insérer des vidéos, des photos, des captures d’échanges de mails/textos, de proposer des temps d’échanges en direct (via les commentaires) et probablement un live pour clore l’enquête. Les joueurs pourront à loisir circuler sur la page dédiée pour voir et/ou revoir les publications et les échanges.

Nous aurons aussi besoin d’utiliser :

  • Adobe Premiere Pro : pour le montage vidéo
  • Audacity : pour le montage son
  • Framaforms : pour élaborer un formulaire en ligne afin que les joueurs·euses puissent rédiger leurs conclusions et accuser un ou plusieurs suspects !
  • Youtube : pour héberger et sous-titrer nos vidéos
  • Dooddle : pour organiser un sondage. Nous demanderons aux enquêteurs·rices de choisir 2 suspects à réinterroger parmi les 5 déjà entendus
  • Canva : pour la création des visuels
  • Gimp : pour la retouche photo et la conversion des fichiers .pdf au format .jpeg

Les idées ?

Un premier brainstorming nous a projetés aux débuts du cinéma non parlant, au cœur du far west, aux urgences, dans la fan zone d’une convention… Finalement nous avons atterri dans les coulisses d’une prestigieuse pâtisserie. Car comment réussir une belle fête d’anniversaire sans un fabuleux gâteau ?

Le pitch ?

Pour fêter ses 5 ans, la médiathèque a commandé un fabuleux gâteau à la célèbre pâtisserie primée De Belles Manières. Le jour j, le gâteau n’est pas livré et l’équipe de la Canopée commence à s’inquiéter. On apprend très rapidement qu’un drame est arrivé… À vous de mener l’enquête !

Un scenario à 8 mains

Nous tenions à écrire nous-même notre scénario et nous nous y sommes mises à 4. Les idées fusèrent, se regroupèrent, s’éloignèrent et parvinrent – nous l’espérons – à créer une histoire cohérente, presque crédible, un brin amusante avec des personnages hauts en couleurs.

La relecture

Moment indispensable qui va permettre de mettre en lumière les incohérences et les faiblesses du scénario. Est-ce que nos personnages sont assez crédibles ? Est-ce que l’histoire tient la route ? Les joueurs·euses vont-ils·elles y prendre plaisir ? N’est-ce pas trop facile ? Cette relecture, par des collègues extérieurs au groupe écriture du scenario, a permis de peaufiner (très nettement) la trame de ce dernier.

Partenariats

Mais que serions-nous sans nos partenaires si particuliers ?

Pour les besoins de notre enquête nous allions avoir besoin d’une cuisine, d’une pâtisserie et d’une salle d’interrogatoire. Pour cette dernière nous pourrions nous contenter des espaces de la médiathèque : une table, un éclairage peu engageant, un mur neutre et une chaise : on devrait s’en sortir !

Pour la cuisine, nous nous sommes naturellement tournés vers nos voisins du centre Paris Anim’ Les Halles Le Marais qui disposent d’un bel espace professionnel dédié aux ateliers cuisine. Sans hésiter ils ont accepté notre demande, et nous en profitons pour les remercier à nouveau.

C’est en se promenant dans le quartier, en quête d’une jolie pâtisserie, qu’une collègue est tombée sur la boulangerie De belles manières et sa gamme impressionnante de pains. Nous avons rencontré Sylvie, la patronne, qui a accepté avec plaisir de nous laisser tourner et prendre des photos devant et à l’intérieur de sa boutique. Cerise sur le gâteau, elle nous a même autorisés à utiliser le nom de sa boutique. On lui réitère notre reconnaissance éternelle, et on vous invite à aller déguster ses nombreuses recettes de pain… et de gâteaux bien sûr !

Temps de travail ?

On l’estime à environ 50 heures.

  • 2h de réunion générale avec l’équipe pour déterminer qui est intéressé·e, qui souhaite faire quoi et vérifier la faisabilité du projet
  • 2h de réunion groupe projet pour choisir un univers, le format, se répartir les tâches etc…
  • 10h consacrées à l’écriture et à la relecture du scénario et des fiches personnages
  • 2h pour rencontrer nos partenaires
  • 1h afin d’organiser le calendrier de la murder party 
  • 5h pour l’élaboration de la communication : création d’une identité visuelle, rédaction et programmation des posts
  • 5h dédiées à la fabrication des éléments de jeu : indices, alibis et documents de présentation
  • 8h de tournage
  • et une bonne dizaine d’heures pour le montage et le sous-titrage

Temps d’animation et temps de jeu ?

Qui anime la partie ? Qui est le maitre du jeu ? C’est la juge d’instruction en charge de notre affaire qui anime le jeu et s’adresse aux joueurs·euses. Elle prend en charge le récit et rythme l’enquête en alimentant régulièrement le dossier avec des indices et des documents.

Le temps de jeu s’étale sur 7 jours, du dimanche au samedi :

Jour 1 : Diffusion de la vidéo de présentation

Jour 2 : Mise en ligne du dossier avec les premières pièces :

  • Rapport préliminaire du légiste
  • Emploi du temps des employés du jour J
  • Journal des vidéos de surveillance
  • Mise en ligne de photos
  • Article de blog sur la victime

Jour 3 :

  • Mise en ligne d’indices
  • 19h : interrogatoire du suspect 1
  • 19h30 : interrogatoire du suspect 2

Jour 4 :

  • Mise en ligne d’indices
  • 19h : interrogatoire du suspect 3
  • 19h30 : interrogatoire du suspect 4

Jour 5 :

  • Mise en ligne d’indices
  • 19h : interrogatoire du suspect 5
  • 19h30 : entretien avec la juge qui permet de situer les orientations des joueurs·euses et d’éventuellement les rediriger. Possibilité de faire revenir 2 suspects pour des réinterrogatoires grâce à un sondage.   
  • 20h : mise en ligne du sondage (Doodle)

Jour 6 :

  • Mise en ligne des derniers indices
  • 12h : mise en ligne du formulaire d’accusation. Les joueurs.euses sont invité.e.s à rédiger leur acte d’accusation, et à désigner suspect(s) et mobile(s)
  • 19h : réinterrogatoire d’un suspect choisi par vote
  • 19h30 : réinterrogatoire d’un second suspect choisi par vote

Jour 7 :

  • 12h : heure limite pour la remise des actes d’accusation
  • 19h30 : diffusion de la vidéo de révélation, annonce des gagnant·e·s puis échanges en direct avec l’équipe, pour permettre de recueillir les impressions, les points forts mais surtout les points faibles !

Nous allons donc assurer 5 soirées d’interrogatoires en live via les commentaires. Ces sessions seront assurées par deux bibliothécaires au cours desquelles, nous nous engageons à répondre à toutes les questions posées dans le temps imparti. Pourquoi 2 bibliothécaires ? Pour se rassurer, pour passer un moment convivial entre collègues et pour ne pas paniquer devant un imprévu ou une question inattendue !

Pourquoi ça fait du bien ?

Parce qu’on travaille sur ce type de projet différemment, et en s’amusant très sérieusement ! On gagne en compétence(s) parce qu’on apprend de nouvelles choses, on sort de sa zone de confort, on ose se lancer et expérimenter : on devient tour à tour scénariste, sous-titreur, interprète, acteur, monteur, réalisateur, accessoiriste (spécialisé dans la perruque chic !), relecteur et bien d’autres choses encore.

On passe d’un bureau à un autre, d’un problème technique à une incohérence scénaristique : bref, vous l’aurez compris, on jongle avec les imprévus, les bonnes nouvelles et le temps qui passe bien trop vite ! Mais au final, on a réussi à venir à bout d’un projet qui nous tenait à cœur et qu’on espère pourvoir proposer un jour à nos publics, en live dans les murs de la Canopée.

À l’heure où nous rédigieons cet article, nous n’avions pas encore testé notre jeu. Nous n’avions aucune visibilité sur le nombre éventuel de joueurs·euses, ni sur la viabilité du format proposé. Il ne nous restait plus qu’à espérer que cette enquête tenterait de nombreux partcipants·antes et qu’ils se prendraient… au jeu.

Nous reviendrons très vite pour un bilan post-jeu. Mais ce qui est certain, c’est que nous avons déjà fait le plus gros du travail, et qu’il ne nous restera plus qu’à ajuster et à améliorer notre murder… une fois que les plâtres auront été essuyés !

4 réflexions au sujet de « Vous avez dit murder party ? »

  1. « Améliorer notre murder » : le Cluedo était l’ancêtre de ce type de jeu et son titre me choquait moins. Une « murder party » ? Ne peut-on pas appeler ça autrement ? En plus, vous parlez d’améliorer votre « murder »….. arghh….j’ai encore plus de mal…. Les mots sont très importants. Nous qui travaillions en médiathèque n’avons nous pas une responsabilité dans l’emploi des mots pour ne pas banaliser la violence sous prétexte d’un jeu ?’

    J’aime

    1. Bonjour Céline,

      Nous comprenons que vous soyez embêtée par l’utilisation d’une expression anglaise dont le sens implique un acte violent.
      Ce n’est pas notre intention de faire une quelconque apologie de la violence à travers cet article, bien sûr. L’expression « Murder party » est communément utilisée dans la communauté des joueurs, et est passée dans le langage courant depuis de nombreuses années. Nous souhaitions nous adapter à notre temps et reprendre un élément de langage qui parle au plus grand nombre.
      Quant au « Cluedo », c’est une marque de jeu déposé ; et les lois sur la propriété intellectuelle nous interdisent d’utiliser ce nom pour désigner notre jeu d’enquête.

      Merci pour votre retour.
      Bien à vous.

      L’équipe de la médiathèque

      J’aime

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