« Cliquons durable » : journée professionnelle au Lion d’Angers

Le 10 juin dernier la médiathèque de la Canopée était invitée par le Bibliopole du Maine et Loire pour participer à la journée professionnelle « Cliquons durable » sur les enjeux écologiques liés au numérique.

Flyer de présentation de la journée d'étude

Le cadre

Direction le Haras du Lion, au Lion d’Angers : on est pile dans le thème ! Un bel espace de verdure où l’on croise des chevaux, et… des lions ? Non, wikipedia nous informe avant qu’on puisse dire des bêtises : « L’origine du mot Lion dans le nom de la commune viendrait vraisemblablement de Légion. On rapporte qu’une légion romaine de César s’y serait établie à l’époque gallo-romaine. »

La camionette du bibliopôle avec un tracteur chargé d'une botte de foin qui passe derrière

Conférence d’Alain Tord, membre du collectif Green It

Ce qu’on a retenu de son intervention très riche :

« La manière dont le numérique se développe actuellement n’est pas soutenable. »

En 2025 le numérique va émettre autant que les véhicules légers au niveau mondial.

« L’achat d’un appareil représente ¾ de ses impacts. »

Les équipements des utilisateurs sont la première source d’impact environnemental. On peut essayer de les utiliser de manière plus responsable mais la première chose à faire est d’acheter moins d’appareils et de les faire durer plus longtemps !

« L’utilisation de nouvelles technologies crée plus de consommations nouvelles qu’elle n’en évite. »

L’utilisation du numérique est parfois mise en avant pour les économies d’énergie qu’elle permettra (ex : suivre sa consommation avec un chauffage connecté, mieux s’occuper de ses champs avec un drone…) mais on constate que les impacts positifs sont toujours moindres que les impacts négatifs.

« Plus le numérique est efficace, plus la consommation augmente en totalité car on l’utilise plus. »

C’est le paradoxe de Jevons, qui prenait exemple à l’époque sur les machines à vapeur ! Exemple actuel : la 5G qui consomme moins par antenne relais mais se superpose au réseau existant et encourage des usages énergivores ainsi que le renouvellement des appareils personnels.

« On ne peut pas en tant que consommateur·rice changer seul·e l’évolution de la société. »

Le changement doit investir toutes les échelles : individuelle, organisationnelle (entreprises, services publics, associations…), sociétale. Il va falloir passer de faire plus à faire mieux, comme l’illustre cette vidéo d’Annie Léonard : the story of stuff (VO anglais).

Un guide a cependant été créé pour aider chacun à aller vers un numérique plus responsable au quotidien (PDF).

Et coté organisations, les clefs pour la conception d’un service numérique :

  • Frugalité fonctionnelle : utilisable, utile, utilisé (souvent moins de la moitié des éléments d’un site sont utilisés)
  • Optimisation des outils : matériel et logiciel (un site ou logiciel lourd incite en plus l’utilisateur·rice à acquérir des équipements nouveaux)
  • Optimisation des usages : éco-gestes au quotidien
Alain Tord et le titre de sa présentation projetée sur écran

Le numérique durable à la Canopée

Nous avons d’abord présenté la médiathèque et le contexte qui a vu naitre le groupe « bibliothèque verte » au sein de notre équipe. Puis sont venus nos projets internes, les études faites par nos stagiaires sur nos impacts, les services mis en place pour le public et nos initiatives de sensibilisation dont beaucoup ont fait l’objet d’articles sur ce blog.

Quant à la sobriété numérique, c’est un sujet qui nous tient à cœur en tant que pôle numérique sur la ville. Nos avancées sont pour l’instant modestes, nous passons d’abord du temps à échanger avec des groupes de travail pour recueillir les avis d’expert·es (comme Alice le racontera bientôt dans un autre article) mais voilà nos réflexions en cours !

La présence du numérique est nécessaire en bibliothèque. Le numérique permet :

  • d’assurer l’efficacité du service public
  • d’être en adéquation avec les usages du public
  • d’offrir l’accès à l’information et aux produits culturels numériques

1. Comment diminuer les impacts du numérique en bibliothèque ?

Ne pas oublier notre point fort : nos outils et ressources sont conçus pour être partagées par le public de la médiathèque, voire tout un réseau ! Ex : bibliofab, prêt de liseuses, de consoles, le festival NUMOK qui célèbre le numérique mais aussi les communs.

  • Analyser les usages. Le trop plein de mails est diminué en se rejoignant tous le soir pour un débrief, les documents lourds sont envoyés sous forme de lien vers le serveur commun… Il n’y a pas de recette universelle : à la Canopée on ne vise pas à diminuer l’usage de la vidéo (énergivore) car c’est le médium le plus accessible pour les Sourds.
  • Analyser le cycle de vie du matériel. Entretenir le matériel et le réparer, à terme façonner l’offre par les marchés publics (exiger un service long de réparation), intégrer des circuits de dons et reconditionnements, à plus petite échelle réutiliser les puces RFID. Difficulté accrue par la diversité des appareils utilisés en bibliothèque (consoles, automates…).
  • Se former, échanger sur les bonnes pratiques. Des groupes se créent à toutes les échelles : commission verdoyante de l’ABF, groupe DAC à Paris sur l’économie circulaire…
  • Identifier des partenaires. Des ressourceries comme celles d’Emmaüs, des usagers·ères bénévoles pour des repair cafés…

2. Quels outils pour sensibiliser le public ?

  • Donner l’exemple. Nous relayons les initiatives prises par l’équipe sur notre blog, cela permet d’éviter le discours moralisateur descendant en relayant aussi nos doutes.
  • Former et informer. Tout ce qui aide à éclairer le public sur le fonctionnement du numérique est utile (collections, rencontres, cours, spectacles…). Un fonds culture numérique à la médiathèque regroupe les guides pratiques et les livres de réflexions sociétales pour ne pas dissocier la pratique de ses impacts.
  • Faire ensemble. Pour assister celles et ceux qui n’y arrivent pas seul·es, mais aussi pour proposer un passage à l’acte et que les gens partent en ayant effectué un changement direct dans leurs pratiques. Exemple : des ateliers à la carte qui permettent d’entretenir un vieux PC, un repair café, une install party pour passer aux logiciels libres…

Ce que l’on souhaite faire à la Canopée : acquérir un kit d’outils pour réparer les tablettes et smartphone en interne, devenir un point de collecte public pour du reconditionnement, s’informer sur la manière de dé-gafamiser nos services, mettre en place des temps de repair café.

Présentation par Alice et Elsa de la Canopée
© Le BiblioPôle

Pause musicale

Le déjeuner a été bercé par les sons planants du groupe Serafine. Leurs compositions mêlent des entretiens des personnes liées à la nature par leurs métiers ou leurs projets avec le son d’instruments et les sons électroniques déclenchés en touchant des plantes via un kit makey-makey.

Atelier « Secrets de smartphone » avec Laure Deschamps de la Souris grise

Beaucoup d’échanges entre Laure et les participant·es ont permis de se rendre compte de la courte durée de vie de nos smartphones ainsi que du nombre important d’appareils inutilisés dormant dans nos placards !

Lors d’un petit quizz on a appris que :

  • la durée de vie d’un smartphone est estimée à 2 ans ou 2 ans 1/2 alors qu’il faudrait le garder 5 ans pour que l’impact de sa création soit absorbé
  • un smartphone effectue l’équivalent de 4 tours du monde lors de sa construction
  • plus de 70 composants entrent dans la fabrication des smartphones (de plus en plus miniaturisés et soudés donc difficiles à récupérer)

Chacun·e a pu évaluer l’impact de son propre smartphone grâce à moralscore.org, qui classe les constructeurs au niveau éthique mais aussi environnemental.

Puis on a trié tous les métaux présents dans le smartphone (une cinquantaine), ce qui a permis d’aborder la question de l’exploitation des métaux précieux et des terres rares, qui posent de graves problèmes autant éthiques qu’environnementaux. Voir la bibliographie

Le mot de la fin était donc un encouragement à des pratiques plus responsables telles que la réparation et le reconditionnement.

des cartes avec le nom de métaux (Aluminium,Yttrium, Néodyme etc.) et des symboles (étoile, écran..)

Atelier « Fresque du numérique » avec Benoit Buffry de Mobeetip

On vous parle de ce format d’atelier bientôt : l’équipe s’en est tout de suite emparé et nous le proposerons prochainement à la médiathèque. Pour vous faire une première idée, vous pouvez visiter le site https://fresqueduclimat.org/

Atelier « Un Internet green est-il possible ? » avec Audric Gueidan de la Souris grise

L’évolution vers des pratiques numériques plus sobres passe aussi par une indépendance vis-à-vis des GAFAM et par la reprise de contrôle sur nos données.

L’usage de logiciels libres permet de s’extraire du cycle de mises à jour des logiciels habituels qui pèsent de plus en plus lourd (10 fois plus en 4 ans) et obligent à changer d’ordinateur. Le système d’exploitation Linux existe en de multiples versions et permet de prolonger la vie de votre matériel. Un système d’exploitation libre et léger a aussi été créé en Afrique : Kaios.

En France Framasoft œuvre à proposer des alternatives aux services les plus communs du web : youtube, doodle… Mais à terme l’idéal serait un Internet décentralisé avec des services offerts localement, un modèle que développe le collectifs des Chatons. Infomaniak permet d’avoir une adresse mail gratuite respectueuse de la vie privée.

Pour découvrir les traces invisibles que l’on laisse en naviguant sur le web :

  • L’extension pour navigateur Carbonalyser pour évaluer l’impact écologique
  • L’extension pour navigateur Greenbeam pour découvrir la totalité des sites actifs lors de votre passage (publicitaires etc.) et s’ils utilisent des serveurs à l’énergie verte
  • Le site EcoIndex de GreenIt pour évaluer la conception de son propre site web

Pour laisser moins de traces en ligne :

  • Utiliser le wifi plutôt que la 4G, qui consomme 20 fois plus
  • L’application Exodus pour mieux comprendre les permissions données aux autres applications de nos smartphones
  • L’application Blokada pour bloquer les publicités et les traqueurs sur smartphone
  • L’extension pour navigateur UBlockOrigin pour bloquer les publicités

Enfin Audric recommande le podcast l’Octet Vert sur le numérique durable.

autocollants et flyers avec des slogans anti GAFAM et pro logiciels libres

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